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26 août 2016 Commentaires (0) Vues: 578 Economie, Réflexions

Pourquoi avez-vous raison de vous sentir coupable d’acheter des vêtements peu chers ?

Voici un article d’une extrême justesse, initialement publié le 23 Août 2016 par Livia FIRTH sur le site du World Economic Forum (lien en fin d’article), je vous propose sa traduction en français.

 » Si vous cherchez une histoire spectaculaire, l’une de celle qui suit les mouvements de la mondialisation et dirige les flux de personnes, de capitaux et des richesses, ne cherchez pas plus loin que dans la mode.

Aucun secteur ne raconte mieux l’histoire de la mondialisation que le secteur de l’habillement, et aucune personne ne décrit mieux la vérité de cette mondialisation que celles présentes dans l’industrie de la mode. Des producteurs de coton aux fabricants de vêtements (lorsqu’ils sont entendus, ce qui est rare ), en passant par les agents de sourcing, qui parcourent le monde à la recherche des prix les plus bas, les transporteurs et les merchandisers.

C’est une affaire internationale. Un design peut venir de Scandinavie seulement pour être fabriqué au Vietnam à partir d’un coton produit au Pakistan, entreposé à Dubaï sur des racks métalliques provenant de Chine. Les variables sont sans limite, une chose est sure cependant, la mode est la ligne de front de la mondialisation.

Cela ajoute donc une dimension bien plus excitante à l’histoire de la mondialisation (qui est inévitablement une histoire de règles de commerce et de régulations) plutôt qu’un lourd débat sur les tarifs.

Nous possédons tous des vêtements, la mode rend donc les discussions à propos de la mondialisation acceptables, immédiates et pertinentes.

Aussi, nous devrions nous appuyer sur ce constat pour déclencher un débat nécessaire sur un sujet qui, finalement, nous concerne tous : comment la mondialisation conduit-elle autant de gens à l’échec ?

Comprendre le « contre-coup » de la mondialisation

Les « pom pom girls » du libre échange, ont, en long et en large, failli à se familiariser avec les contre-coups de la mondialisation. Ceci s’explique par le fait que, pendant longtemps, ils nous ont vus comme une masse homogène de consommateurs plutôt que comme des citoyens actifs. De leur perspective, nous avons tout ! Lorsqu’il s’agit de la mode, par exemple, nous avons accès à une variété sans fin de vêtements, peu chers. Quoi de plus voudrions-nous ?

La réalité, pourtant, est très différente. Cette approche, n’est pas durable, ni pour l’industrie ni pour les consommateurs. Pour bien comprendre pourquoi, reprenons l’histoire de l’industrie de la mode et de la mondialisation.

Ce que nous voyons aujourd’hui a, en fait, démarré en 2005 avec la fin des Accords Multifibres. Bien que l’industrie de la mode ait été, de tous temps, mondiale, et « outsourcée » depuis les années 1980, la fin de ces accords a réellement accéléré le process, le portant à une échelle jamais connue auparavant.

Comme l’indique Robert Antoshak, depuis 2005, les entreprises de sourcing se précipitent autour du monde pour trouver les produits encore moins chers que ceux déjà disponibles. Et concernant les personnes qui comptaient sur ces emplois ? « Elles feraient mieux de travailler dans la finance ou la technologie nous assuraient les négociants américains, elles seront mieux payés, et auront plus d’opportunités » rajoute Antoshak. Nous savons tous ce qui s’est avéré.

 US Employment in textile and garment manufacturing
Crédit: Bureau of Labor Statistics

Mourir au nom de la mode

Il y a toujours une tendance au sein d’une communauté de quelques économistes qui insiste sur le fait que les individus sont contre la mondialisation car les bénéfices de cette dernière n’ont pas été correctement communiqués : si « seulement » nous pouvions comprendre que tout ceci n’est fait que dans notre intérêt !

J’ai beaucoup de mal à croire cela. Essayez de parler à un de ces fameux « bénéficiaires »…le travailleur textile du Bangladesh par exemple. Sur le papier, lorsque l’on inclut le nombre croissant de rapports RSE des grandes marques de mode, ces jeunes femmes travaillant dans le textile au Bangladesh sont les grandes gagnantes de cette mondialisation. Les usines de Dhaka leur ont offert l’opportunité de fuir les zones rurales, où elles subissaient toutes sortes de privation, et leur permettent de gagner leur propre salaire, pour la première fois dans leur vie.

Le concept de la jeune femme ayant accès à leur propre argent, à l’opportunité d’accéder à une carrière est, bien entendu, très important, mais en y regardant plus près, la réalité nous démontre que les jeunes femmes créant notre mode sont traitées comme des ressources consommables.

Peut-être, l’exemple le plus notoire de ceci est le désastre du Rhana Plaza, lorsqu’une usine de textiles s’était effondrée. Plus de 1 000 femmes avaient été tuées et des milliers blessées. Si les conditions dans lesquelles elles avaient travaillée avaient été décentes, cet incident n’aurait jamais eu lieu. 

Après cette catastrophe, les survivants n’ont eu aucun autre choix que de retourner travailler pour ce système et entrer dans une autre usine, sans sécurité. Oui, j’ai rencontré des femmes qui ont vu leurs amies mourir dans les décombres du Rhana Plaza, avant de repartir travailler, terrifiées, la semaine d’après dans un autre complexe.

« Les jeunes femmes créant notre mode sont traités comme des ressources consommables. »

Une solution : une « mondialisation investie »

Les architectes de la mondialisation ont franchement échoué à concrétiser leur promesse, tant de fois clamée, d’augmenter les opportunités de vie pour les femmes. Ces femmes, ne se sont vu offrir aucune progression de carrière, aucune assistance, et aucun changement significatif. A de nombreuses occasions, les effets de la mondialisation (voulus ou non, directs et indirects) les ont mises en danger.

Et ceci continue, partout dans le monde, du Cambodge au Myanmar en passant par l’Ethiopie, devenant même le « blueprint » de la mode « outsourcée », agressivement exportée dans de nouvelles économies hôtes.

Heureusement, pour mon industrie, tout n’est pas catastrophique. 

Je suis encouragé par de nombreux modèles innovants et interventions pro-actives qui acceptent la mondialisation de l’industrie de la mode et les opportunités pour les femmes dans les économies en développement, mais, qui, dans le même temps sont nuancés et suffisamment intelligents pour s’assurer que chacun en tire profit. C’est ce que j’appelle la « mondialisation investie ».

Je sais qu’il n’est pas juste de souligner des projets en particulier, mais j’aimerais vous donner un avant-goût de ce que pourrait être cette nouvelle forme de mondialisation.

Prenons, par exemple, le travail de Lauren Solomon à l’université technologique de Queensland, en Australie. Admettant que l’industrie textile du Cambodge est devenue un terrain fertile pour l’exploitation des travailleurs, Lauren tente d’agir directement sur la « supply chain » en collaborant directement avec les travailleurs. Elle s’est associée à la plus grande organisation de travailleurs du pays pour leur permettre d’accéder à des programmes de formations, permettant aux individus de développer des compétences transférables, qu’ils pourront transmettre aux autres, aidant ainsi des centaines, si ce n’est des milliers, de femmes. Une telle initiative est presque unique dans l’industrie textile actuelle.

Il y a aussi, cette autre entrepreneuse, Leah Rodriguez, du Royaume-Uni qui a créé Holi Studios à Siem Reap (Cambodge). Il s’agit d’un building de production textile inondant de lumière naturelle les espaces de travail, et équipé de la climatisation. Beaucoup des couturières de Leah viennent d’ateliers de misère, il en est de même pour Li, le manager de l’usine. Ce dernier avait été déclaré un « fauteur de troubles » pour avoir demandé de meilleures conditions de travail. Leah ne décrit pas Holi (qui produit pour de nombreuses marques connues) comme une usine de production « éthique », car elle pense que toutes les productions liées à la mode devrait impliquer de bons salaires et des usines sécurisées.

Ces deux exemples de « mondialisation investie » ont conduit à une action positive sur la « supply chain » en travaillant directement avec les fabricants (ces êtres humains qui respirent…comme nous).

Si ces histoires humaines pouvaient être véritablement dupliquées, alors la situation critique de millions de femmes, encore esclaves de la « supply chain » de la mode pourrait être modifiée.

Je pense que ceci devrait être notre plus grand objectif.

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